Les chapeaux de stars 8 min de lecture

Les 10 chapeaux les plus emblématiques du cinéma : de Borsalino à Indiana Jones

Par Sébastien 10 September 2026
Les 10 chapeaux les plus emblématiques du cinéma : de Borsalino à Indiana Jones

Quand un simple chapeau vole la vedette

Il y a quelque chose de fascinant dans la capacité d'un bout de feutre, de paille ou de cuir à éclipser des acteurs payés des millions. Le cinéma regorge d'effets spéciaux toujours plus spectaculaires, de dialogues ciselés par les meilleurs scénaristes, de bandes originales qui vous collent des frissons. Et pourtant, demandez à n'importe qui de dessiner Indiana Jones de mémoire. Que va-t-il tracer en premier ? Le fedora. Pas le fouet, pas la veste en cuir. Le chapeau.

Ce n'est pas un hasard. Le couvre-chef, au cinéma, n'a jamais été un simple accessoire vestimentaire. C'est un raccourci narratif d'une efficacité redoutable, un prolongement du personnage qui dit en une fraction de seconde ce que trois pages de dialogue peineraient à exprimer. Le chapeau melon de Chaplin raconte la dignité dans la misère. Le borsalino de Belmondo transpire le banditisme élégant. Le tricorne de Jack Sparrow annonce le chaos joyeux avant même que Johnny Depp n'ouvre la bouche.

Alors, parmi les centaines de chapeaux qui ont traversé l'écran depuis plus d'un siècle, lesquels ont véritablement marqué l'imaginaire collectif ? Quels sont ceux qui ont débordé du cadre pour s'imposer dans la mode, la culture populaire, et même notre façon de percevoir certaines époques ? Voici dix couvre-chefs qui ont, chacun à leur manière, volé la vedette aux acteurs qui les portaient.

1. Le fedora d'Indiana Jones : l'accessoire qui a failli avoir son propre contrat

Commençons par l'évidence, parce qu'il serait absurde de parler de chapeaux au cinéma sans évoquer celui-là en premier. Le fedora d'Indiana Jones, c'est un Herbert Johnson Poet, pour les puristes. Un modèle en feutre de lapin à bords larges, légèrement cabossé, couleur marron vieilli, que le costumier Deborah Nadoolman a déniché chez le chapelier londonien après des semaines de recherche.

Fedora Newington Stetson : la silhouette emblématique du fedora, couronne pincée et bords larges, celle qui a fait entrer Indy dans l'histoire du cinéma.

Ce qui rend ce chapeau absolument unique dans l'histoire du cinéma, c'est que Steven Spielberg et George Lucas en ont fait bien plus qu'un accessoire. C'est un élément narratif. Indy peut perdre son arme, se retrouver ligoté, suspendu au-dessus d'un gouffre, mais il récupère toujours son chapeau. Toujours. Cette obsession est devenue un running gag, puis un rituel, puis une mythologie à part entière.

La scène d'ouverture des Aventuriers de l'arche perdue, en 1981, pose immédiatement les règles : on découvre le personnage d'abord par son ombre, et cette ombre, c'est celle du fedora. Harrison Ford a d'ailleurs raconté que le chapeau avait été un cauchemar au début du tournage, qu'il n'arrêtait pas de tomber, qu'il fallait le fixer avec du ruban adhésif double face. Le genre de détail très prosaïque qui rappelle que la magie du cinéma, c'est souvent du bricolage obstiné.

L'impact sur la mode masculine des années 80 a été mesurable. Les ventes de fedoras ont explosé, et une génération entière de gamins a réclamé "le chapeau d'Indiana Jones" pour Noël. Quarante ans plus tard, le phénomène n'a pas faibli.

2. Le borsalino de Belmondo : quand un film baptise un chapeau

Avant 1970, Borsalino était une marque de chapeaux italienne respectée mais pas particulièrement célèbre en dehors des cercles de connaisseurs. Après le film de Jacques Deray avec Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ? Le nom est devenu un nom commun. On ne dit plus "un feutre" ou "un fedora à la française", on dit "un borsalino". Peu de films peuvent se vanter d'avoir accompli ça.

Chapeau Alvaro Panama Borsalino : la maison italienne fondée à Alessandria en 1857, celle qui a donné son nom à toute une génération de fedoras masculins.

Le génie du costume dans ce film tient à la façon dont le chapeau incarne une certaine idée du gangstérisme à la française : moins brutal que le modèle américain, plus élégant, presque dandy. Belmondo et Delon, dans les rues de Marseille reconstituées en studio, portent leurs borsalinos avec une désinvolture calculée qui deviendra la signature visuelle de tout un genre. Chaque film de truands français des années 70 et 80 devra se positionner par rapport à cette image.

Et puis il y a ce truc indéfinissable dans la façon dont Bébel porte le sien, légèrement en arrière, un peu de travers. Delon, lui, le porte droit, impeccable, presque rigide. Deux chapeaux identiques, deux personnalités radicalement différentes. Le costumier n'a sans doute même pas eu besoin de donner des instructions : chacun des deux acteurs a fait du borsalino le miroir de son propre tempérament.

3. Le haut-de-forme du Dr Jekyll : la respectabilité en équilibre sur une tête

On parle moins souvent de celui-ci, et c'est injuste. Dans la version de 1931 avec Fredric March, le haut-de-forme du Dr Jekyll accomplit quelque chose de remarquablement subtil : il résume à lui seul toute la dualité du personnage. Jekyll, coiffé de son haut-de-forme impeccable, est l'incarnation de la respectabilité victorienne. Droit, poli, mesuré. Le chapeau tient parfaitement en place, comme la façade sociale du bon docteur.

Et quand Hyde apparaît ? Plus de chapeau. Ou alors un chapeau de travers, écrasé, malmené. Le contraste visuel est d'une efficacité brutale. Pas besoin de maquillage prothétique sophistiqué pour comprendre que quelque chose a basculé : l'absence du haut-de-forme suffit.

Ce film a d'ailleurs cristallisé une convention visuelle qui perdure aujourd'hui. Au cinéma, le haut-de-forme signifie l'autorité, la position sociale élevée, mais aussi, et c'est plus intéressant, le masque. Pensez à tous les personnages en haut-de-forme du cinéma fantastique et d'horreur. Le message est limpide : derrière cette respectabilité ostentatoire se cache forcément quelque chose de moins reluisant. Le chapeau le plus formel est devenu, paradoxalement, celui qui inspire le plus la méfiance.

4. Le chapeau melon de Chaplin : petit chapeau, immense personnage

Voilà probablement le chapeau le plus célèbre de toute l'histoire du cinéma, et peut-être de l'histoire tout court. Le chapeau melon du Vagabond, que Chaplin a porté pour la première fois en 1914 et n'a plus jamais quitté pendant vingt-cinq ans de carrière.

Ce qui est génial, c'est le décalage. Un chapeau melon, dans l'Angleterre victorienne puis édouardienne, c'était le couvre-chef de la classe moyenne respectable, le chapeau du commis de bureau, du petit fonctionnaire. Pas celui d'un clochard. En le posant sur la tête de son Vagabond, Chaplin a créé un court-circuit visuel immédiat : ce personnage a des prétentions, une dignité, une élégance même, mais tout est trop petit, trop étroit, trop précaire. Le chapeau ne tient pas vraiment. Comme la place du Vagabond dans la société.

On pourrait écrire une thèse entière sur ce simple choix de costume. D'ailleurs, des gens l'ont fait.

L'héritage est vertigineux. Magritte a peint ses hommes en chapeau melon en référence directe à cette imagerie. Stanley Kubrick a coiffé ses Droogs d'un bowler hat dans Orange mécanique, inversant la symbolique chaplinesque : même chapeau, mais cette fois sur des têtes de psychopathes. Et quand John Steed porte le sien dans Chapeau melon et bottes de cuir, c'est encore un autre registre, celui de l'excentricité britannique assumée. Un seul chapeau, des dizaines de lectures possibles.

5. Le stetson de Clint Eastwood : le chapeau qui ne dit rien (et c'est pour ça qu'il dit tout)

Sergio Leone avait compris un truc fondamental que beaucoup de réalisateurs n'ont jamais saisi : un chapeau, filmé correctement, raconte plus qu'un monologue. Dans Le Bon, la Brute et le Truand, les trois protagonistes portent chacun un chapeau différent, et ces chapeaux fonctionnent comme des fiches personnages instantanées.

Eastwood porte un stetson à bords plats, poussiéreux, enfoncé bas sur les yeux. Le regard est à moitié caché. Le personnage est illisible, imprévisible. Lee Van Cleef arbore un chapeau noir plus structuré, plus net, qui traduit la cruauté méthodique. Eli Wallach, lui, a un sombrero cabossé et exubérant, à l'image de son personnage de bandit loquace et roublard.

Leone filmait les chapeaux comme d'autres filment les visages. Ses gros plans légendaires ne montrent souvent qu'une portion de visage sous un bord de chapeau, les yeux plissés dans la lumière du désert. Cette technique a inventé un langage visuel que tout le western, et une bonne partie du cinéma d'action, continue de parler aujourd'hui.

Et Eastwood, avec cette intuition extraordinaire qu'il a toujours eue pour son propre personnage, a conservé le même type de stetson pendant toute sa carrière de westerns. Il savait que changer de chapeau, c'était changer de personnage. Et ça, il n'en était pas question.

6. Le fez de Casablanca : un couvre-chef qui sent l'intrigue et le jasmin

On oublie trop souvent le pouvoir d'un chapeau à situer géographiquement et culturellement un personnage en un dixième de seconde. Le fez, ce petit cône de feutre rouge avec son gland noir, fait exactement ça dans Casablanca.

Sydney Greenstreet, dans le rôle de Signor Ferrari, porte un fez qui dit immédiatement : Orient, intrigue, marché noir, moiteur. Pas besoin de carton explicatif. Le chapeau fait le travail. C'est d'autant plus efficace que le film joue constamment sur les apparences et les doubles jeux, et ce couvre-chef, qui n'est ni occidental ni tout à fait local, incarne parfaitement l'entre-deux dans lequel naviguent tous les personnages.

Le fez a connu une carrière cinématographique fascinante au-delà de Casablanca, d'ailleurs. On le retrouve dans le cinéma d'aventure coloniale, dans les films d'espionnage, et même dans la comédie, où il sert souvent de marqueur d'exotisme un peu kitsch. Tommy Cooper, le comique britannique, en avait fait sa marque de fabrique scénique, prouvant qu'un même chapeau peut incarner le mystère et le burlesque selon qui le porte. Question de contexte. Question de tête, aussi.

7. Le tricorne de Jack Sparrow : le chaos organisé sur un crâne

Quand les producteurs de Pirates des Caraïbes ont vu ce que Johnny Depp avait fait de leur capitaine pirate, la panique a été, paraît-il, assez spectaculaire. Le personnage devait être un héros d'aventure classique. Depp en a fait un dandy titubant, maquillé, imprévisible. Et sur le sommet de cette construction délirante trônait un tricorne en cuir défraîchi qui semblait tenir par miracle.

Ce tricorne est devenu, en un seul film, le symbole d'une piraterie réinventée. Pas la piraterie historique, austère et brutale. Pas la piraterie d'Errol Flynn, athlétique et séduisante. Une piraterie rock'n'roll, décadente, joyeusement anarchique. La costumière Penny Rose a raconté que le chapeau avait été vieilli, maltraité, presque détruit volontairement pour qu'il ait l'air d'avoir survécu à des dizaines de tempêtes et de bagarres de taverne.

L'impact sur la culture populaire a été immédiat et massif. Le tricorne de Sparrow est devenu l'un des costumes les plus reproduits au monde, des conventions de cosplay aux soirées déguisées. Des millions de répliques vendues. Un chapeau qui était passé de mode depuis le XVIIIᵉ siècle, soudain relancé par un personnage de fiction en 2003. Le cinéma fait parfois des choses étranges avec l'histoire de la mode.

8. Le chapeau pointu de Gandalf : l'archétype qui refusait de mourir

Le chapeau pointu de magicien existe depuis des siècles dans l'imaginaire occidental. Mais soyons honnêtes : sans Gandalf, il serait probablement resté cantonné aux illustrations de contes pour enfants et aux déguisements de Halloween bon marché. C'est Tolkien d'abord, puis Peter Jackson et sa costumière Ngila Dickson, qui lui ont donné une noblesse cinématographique.

Dickson a travaillé à partir des illustrations originales de Tolkien, où Gandalf porte un chapeau pointu à large bord, bleu dans les premières versions, gris ensuite. Le résultat à l'écran est un objet magnifique : un chapeau en feutre gris, usé par les voyages, légèrement affaissé, qui semble aussi ancien que le personnage qui le porte. Ian McKellen, avec cette silhouette reconnaissable entre mille, a fait du wizard hat un objet de cinéma à part entière.

La scène du Pont de Khazad-dûm, le fameux "You shall not pass", fonctionne aussi bien grâce à la silhouette de Gandalf qu'aux effets spéciaux. Ce vieux bonhomme en chapeau pointu, seul face à un démon de feu, c'est David contre Goliath version fantasy. Et la pointe du chapeau, dressée vers le plafond de la mine, ajoute une verticalité héroïque au plan que n'importe quel casque ou capuche aurait aplatie.

9. La casquette gavroche d'Amélie Poulain : Paris en un couvre-chef

Jean-Pierre Jeunet a construit avec Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain un Paris qui n'existe pas. Un Paris fantasmé, saturé de couleurs chaudes, peuplé de personnages excentriques, un Paris de carte postale sublimée où il fait toujours beau à Montmartre. Et pour habiter ce Paris-là, il fallait un personnage habillé en conséquence.

Casquette Gavroche Newton chevrons Traclet : la silhouette qui a fait le tour du monde perchée sur la tête d'Audrey Tautou, et qui incarne l'imaginaire du Paris de Jeunet.

La casquette gavroche d'Amélie, associée à ses jupes plissées et à son cardigan rouge, compose un costume qui dit "vintage sans époque précise, parisienne sans cliché, décalée sans excentricité forcée". La costumière Madeline Fontaine a fait un travail remarquable de funambule : chaque élément est juste assez inhabituel pour surprendre, pas assez pour devenir un déguisement.

L'impact international a été considérable, et assez inattendu. À l'étranger, Amélie est devenue l'incarnation de la Parisienne, ce qui a provoqué pas mal d'agacement en France, où personne ne s'habille vraiment comme ça. Les ventes de bérets et de casquettes gavroche ont bondi, les boutiques de Montmartre ont rempli leurs vitrines de répliques, et la casquette est devenue un raccourci visuel universel pour "charme français". Tout ça grâce à un petit chapeau en laine sur la tête d'Audrey Tautou.

10. Le panama de Tom Ripley : l'élégance comme arme du crime

Anthony Minghella a compris quelque chose d'essentiel en adaptant le roman de Patricia Highsmith : Tom Ripley ne vole pas seulement l'identité de Dickie Greenleaf. Il vole son style. Et le panama, ce chapeau de paille tressée que Jude Law porte avec une nonchalance aristocratique dans les premières scènes du film, devient l'objet du désir ultime.

Chapeau Panama classique Stetson : l'accessoire de la Riviera italienne, celui qui a permis à Ripley de se glisser dans une peau qui n'était pas la sienne.

Quand Matt Damon, dans le rôle de Ripley, enfile pour la première fois un panama, c'est le moment exact où la transformation commence. Le chapeau n'est pas un déguisement, c'est une peau neuve. Ripley ne veut pas ressembler à Greenleaf. Il veut être Greenleaf. Et porter le même chapeau, avec la même aisance, c'est le premier pas vers cette imposture fatale.

Le film utilise le panama avec une intelligence narrative rare. Sur la Riviera italienne, baignée de lumière dorée, le chapeau est l'accessoire naturel de la dolce vita. Mais dans les mains de Ripley, il devient un outil de camouflage social, un passeport pour un monde auquel il n'a pas accès autrement. Rarement un accessoire de mode aura aussi bien incarné le thème central d'un film. L'élégance comme masque. Le style comme mensonge.

Ceux qu'on ne pouvait pas oublier

Impossible de conclure sans mentionner quelques chapeaux qui ont failli intégrer le classement. Le chapeau cloche de Faye Dunaway dans Bonnie and Clyde (1967), qui a relancé à lui seul la mode des années 30 en plein été de l'amour. La toque de chef de Rémy dans Ratatouille (2007), preuve qu'un chapeau animé peut être tout aussi iconique qu'un vrai. Et le sombrero de Zorro dans Le Masque de Zorro (1998), porté par Antonio Banderas avec un panache qui frôlait la caricature, mais sans jamais y basculer tout à fait.

Le chapeau, ce héros discret du septième art

Au fond, si le chapeau fonctionne aussi bien au cinéma, c'est parce qu'il fait exactement ce que le cinéma fait : il raconte une histoire sans un mot. Un fedora cabossé dit l'aventure. Un haut-de-forme dit le pouvoir. Un melon trop petit dit la dignité blessée. Le cerveau du spectateur décode tout ça en une fraction de seconde, sans effort conscient, et c'est précisément ce qui rend l'outil si puissant.

Il y a quelque chose de paradoxal, d'ailleurs, dans le fait que le chapeau ait quasiment disparu de la vie quotidienne au cours du XXᵉ siècle alors qu'il n'a jamais cessé d'être un ressort narratif majeur au cinéma. Dans la vraie vie, plus personne ou presque ne porte de fedora pour aller travailler. Sur un écran, le fedora continue de faire son effet à chaque apparition.

Le cinéma contemporain redécouvre d'ailleurs le pouvoir du couvre-chef par intermittence. Le bob de Ryan Gosling dans Barbie, la capuche d'Assassin's Creed, les casquettes de Wes Anderson. Les formes changent, mais le principe reste le même : posez le bon chapeau sur la bonne tête, filmez-le correctement, et vous aurez un personnage que le public n'oubliera jamais. Certains accessoires survivent aux films, aux acteurs, aux modes. Le chapeau est de ceux-là, et il n'a probablement pas fini de nous surprendre.