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Le béret français revient en force : pourquoi cet accessoire conquiert les podiums ?

Par Sébastien 02 September 2026
Le béret français revient en force : pourquoi cet accessoire conquiert les podiums ?

Il y a encore quelques années, porter un béret en dehors d'un sketch comique ou d'une carte postale touristique relevait presque de la provocation. Et pourtant. Cet accessoire que l'on croyait définitivement rangé au rayon des souvenirs folkloriques s'est frayé un chemin jusqu'aux podiums les plus prestigieux de la planète mode. Ce n'est pas un caprice de styliste ni un clin d'œil nostalgique de plus. C'est un vrai mouvement de fond, porté par une génération qui cherche du sens dans ce qu'elle porte, et qui a décidé que le béret avait encore beaucoup de choses à raconter.

Un héritage culturel ancré bien plus profondément qu'on ne le croit

Avant d'atterrir sur la tête de Bella Hadid ou dans les collections Dior, le béret basque a traversé des siècles d'histoire. On parle souvent du sud-ouest de la France, des bergers béarnais qui le portaient dès le Moyen Âge pour se protéger des intempéries dans les Pyrénées. C'est vrai, mais c'est réducteur.

Le béret a connu une trajectoire étonnante. Adopté par les militaires, il est devenu un symbole de corps d'élite dans plusieurs armées du monde. Puis les artistes s'en sont emparés. Les intellectuels aussi. Pensez à Simone de Beauvoir attablée au Café de Flore, béret vissé sur la tête, cigarette à la main. Pensez à Che Guevara, dont l'étoile sur fond de béret noir est devenue l'une des images les plus reproduites du XXᵉ siècle. Marlene Dietrich l'a porté avec une élégance féroce, Jean-Paul Sartre en a fait un prolongement de sa silhouette existentialiste.

Ce qui frappe, quand on retrace cette histoire, c'est la capacité du béret à changer de camp sans jamais perdre son identité. Accessoire paysan, puis militaire, puis politique, puis artistique. Peu de pièces vestimentaires peuvent se targuer d'une telle plasticité symbolique. Et c'est précisément cette richesse qui explique, en partie, pourquoi la mode contemporaine s'y intéresse à nouveau.

Comment le béret a conquis les podiums ces dernières saisons ?

Le signal a été donné il y a quelques saisons déjà, mais c'est lors des derniers défilés que le phénomène est devenu impossible à ignorer. Chez Dior, Maria Grazia Chiuri a glissé des bérets structurés sur des silhouettes néo-bourgeoises, jouant sur le contraste entre la rigueur du tailleur et la douceur du feutre. Chez Chanel, le béret est revenu comme un écho naturel à l'univers de Coco, presque une évidence historique.

Béret Kashink Révolution coton Héritage par Laulhère (169 €) : l'exemple parfait de la collaboration entre patrimoine artisanal et création contemporaine.

Mais le plus intéressant, c'est peut-être ce qui s'est passé chez Jacquemus et Loewe. Deux maisons très différentes, deux approches du béret radicalement opposées. Simon Porte Jacquemus l'a traité avec cette désinvolture méditerranéenne qui est sa marque de fabrique : bérets en laine oversize, portés de travers, presque tombants, sur des robes fluides ou des ensembles en lin. Jonathan Anderson chez Loewe a pris le parti inverse, avec des bérets en cuir, sculptés, presque architecturaux, qui transformaient l'accessoire en pièce de statement.

Les versions revisitées ne manquent pas. Broderies fines, couleurs saturées qui claquent sur des tenues monochromes, détails bijoux qui ajoutent une touche précieuse, matières inattendues comme le cuir verni ou le velours côtelé. Le béret n'est plus une citation du passé. C'est un terrain d'expérimentation.

Les raisons profondes de ce grand retour

Pourquoi maintenant ? La question mérite qu'on s'y attarde, parce que la réponse dépasse largement le cadre de la mode.

Il y a d'abord cette lame de fond qu'on appelle le quiet luxury. Après des années de logos criards et de pièces ostentatoires, une partie du marché s'est tournée vers des vêtements et accessoires qui parlent moins fort mais disent davantage. Le béret s'inscrit parfaitement dans cette logique. Il ne crie pas, il suggère. Il n'affiche pas une marque, il raconte une histoire.

Béret Mini Iraty cachemire noir Héritage par Laulhère (124 €) : l'incarnation du quiet luxury à la française : rien à démontrer, juste une matière noble et un savoir-faire séculaire.

Il y a aussi, soyons honnêtes, la nostalgie. La mode fonctionne par cycles, tout le monde le sait. Mais la nostalgie qui opère ici n'est pas celle du revival pur et simple, pas un copier-coller des années 60 ou 70. C'est plutôt une envie de rétro chic, de pièces qui ont traversé le temps et qui portent en elles une forme d'authenticité que la fast fashion ne pourra jamais offrir.

Et puis il y a les réseaux sociaux. Un béret, c'est photogénique. C'est graphique. Ça structure un visage, ça donne du caractère à n'importe quel selfie. Sur Instagram comme sur TikTok, l'accessoire est devenu viral précisément parce qu'il apporte une touche immédiatement identifiable sans effort apparent. Ce qui, en matière de contenu visuel, vaut de l'or.

Enfin, et c'est peut-être le plus important, le béret répond à une quête d'authenticité. Face à une industrie de la mode qui produit toujours plus, toujours plus vite, toujours plus jetable, choisir un accessoire artisanal, intemporel, porteur d'un savoir-faire séculaire, c'est poser un acte. Discret, certes. Mais un acte quand même.

Le béret porté par les célébrités et les influenceurs

On ne va pas se mentir : quand Rihanna porte quelque chose, le monde suit. Et Rihanna a porté le béret. Plusieurs fois. De manière très différente à chaque apparition, d'ailleurs, ce qui prouve la versatilité de l'accessoire. Tantôt penché sur le côté avec un look streetwear déconstruit, tantôt posé bien droit avec un ensemble plus classique.

Zendaya l'a intégré à des tenues red carpet avec ce mélange de sophistication et d'audace qui la caractérise. Lily-Rose Depp, en bonne ambassadrice Chanel, l'a adopté avec une nonchalance très parisienne qui frise le naturel absolu. Quant à Bella Hadid, elle a contribué à ancrer le béret dans l'esthétique off-duty des mannequins, ce look "entre deux défilés" qui influence des millions de personnes.

Sur les réseaux sociaux, les influenceurs mode ont fait le reste du travail. Le béret est devenu un accessoire de styling à part entière, intégré dans des looks contemporains qui n'ont plus rien à voir avec l'imagerie traditionnelle. On le voit associé à des sneakers, à des blousons en cuir oversize, à des robes midi, à des ensembles de bureau. La frontière entre le classique et le moderne s'est tout simplement effacée.

Comment porter le béret avec style en 2026 ?

La grande question. Parce qu'entre le béret porté avec élégance et le béret qui tombe dans la caricature, la marge est parfois mince. Quelques repères pour naviguer.

Les associations classiques fonctionnent toujours aussi bien, et il ne faut pas avoir peur de les assumer. Béret et trench-coat, c'est un duo qui marche depuis des décennies pour une bonne raison : l'équilibre entre structure et douceur est parfait. Béret et marinière, c'est plus cliché, mais porté avec un jean brut et des bottines plutôt qu'avec un pantalon blanc et des espadrilles, ça prend une tout autre dimension. Béret et tailleur, c'est le power move discret par excellence.

Béret Jean denim coton Héritage par Laulhère (99 €) : la réinvention contemporaine du modèle traditionnel, taillé pour dialoguer avec un jean brut et des sneakers.

Les combinaisons plus modernes ouvrent un champ de possibilités considérable. Le béret fonctionne remarquablement bien avec un look minimaliste, justement parce qu'il apporte la touche de personnalité qui manque souvent à ce type de silhouette. Avec du streetwear, il crée un contraste intéressant entre l'énergie urbaine et la sophistication héritée. Et pour une tenue de soirée, un béret en velours ou agrémenté de détails bijoux peut remplacer avantageusement n'importe quel headband ou serre-tête.

Les erreurs à éviter ? Empiler trop de références françaises en même temps. Le béret se suffit à lui-même, il n'a pas besoin d'être accompagné d'une baguette sous le bras pour être compris. Côté morphologie, les visages ronds gagneront à le porter légèrement incliné sur le côté pour créer de l'asymétrie. Les visages plus allongés peuvent se permettre de le poser bien droit. Quant aux cheveux, qu'ils soient longs, courts, bouclés ou lisses, le béret s'adapte. Il suffit de laisser quelques mèches s'échapper pour éviter l'effet trop rigide.

Les artisans et maisons qui perpétuent la fabrication du béret

Difficile de parler du béret français sans évoquer Laulhère. Installée à Oloron-Sainte-Marie, au pied des Pyrénées, cette manufacture est la dernière en France à produire des bérets de manière artisanale. Depuis 1840. Le chiffre donne le vertige.

Béret Basque 9.5 pouces Héritage par Laulhère Made in France (54 €) : l'archétype du savoir-faire d'Oloron, chaque pièce passant par une dizaine d'étapes artisanales.

Le processus de fabrication est fascinant, et mérite qu'on s'y arrête un instant. Tout commence par le tricotage d'une galette de laine. Vient ensuite le feutrage, une étape clé où la laine est travaillée dans l'eau chaude pour obtenir cette texture dense et souple qui caractérise le béret. Puis la teinture, la mise en forme sur des moules en bois, le grattage pour obtenir cet aspect velouté si particulier. Chaque béret passe entre de nombreuses mains avant d'être terminé. C'est lent, c'est minutieux, et c'est précisément ce qui fait la différence avec une production industrielle.

Laulhère a obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant, une reconnaissance qui met en lumière un savoir-faire menacé mais irremplaçable — un label auquel s'ajoute désormais l'appellation Béret Français encadrée par une IGP obtenue en 2024. Et la bonne nouvelle, c'est que la jeune génération de créateurs s'intéresse de près à cet artisanat. Plusieurs marques émergentes proposent désormais des bérets fabriqués à partir de matières écoresponsables, laine recyclée ou feutre biologique, ajoutant une dimension environnementale à un accessoire qui avait déjà tout pour plaire.

Le béret, bien plus qu'une tendance passagère

On pourrait se demander si tout cela ne va pas retomber comme un soufflé. Si le béret, après quelques saisons de gloire sur les podiums et sur les feeds Instagram, ne va pas retourner sagement dans les tiroirs de l'oubli. C'est une question légitime. Mais plusieurs indices suggèrent le contraire.

D'abord, sa polyvalence. Un accessoire capable de fonctionner aussi bien en été qu'en hiver, avec un look casual qu'avec une tenue habillée, en version sobre qu'en version excentrique, a toutes les chances de durer. Les pièces trop marquées par une esthétique ou une saison disparaissent vite. Le béret, par nature, échappe à cette fatalité.

Ensuite, ce qu'il représente. Au-delà de la mode, porter un béret en 2026, c'est faire un choix. C'est affirmer un goût pour l'artisanat face à l'industrialisation. C'est revendiquer un héritage culturel dans un monde globalisé. C'est, d'une certaine manière, refuser de se fondre dans la masse tout en restant élégant. Le béret est devenu une statement piece au sens plein du terme, une pièce qui dit quelque chose de celui ou celle qui la porte.

Les perspectives sont claires. Le béret s'installe durablement dans le vestiaire mode international. Il n'est plus français au sens restrictif du terme, il est universel. Porté à Tokyo comme à New York, à Lagos comme à Stockholm, il a su transcender ses origines sans les renier. Et ça, dans l'histoire de la mode, c'est le signe d'un classique en train de naître. Ou plutôt, de renaître.

Le béret français ne revient pas en force par hasard. Il se trouve exactement à la croisée de tout ce que la mode recherche aujourd'hui : un ancrage historique solide, une capacité de réinvention permanente, un potentiel visuel immédiat et une charge symbolique forte. C'est rare, un accessoire qui coche toutes ces cases en même temps. Alors non, le béret n'est pas une lubie de saison. C'est un retour aux sources, au sens le plus noble que la mode puisse donner à cette expression. Que ce soit pour homme ou pour femme, le geste est le même : choisir une pièce qui a une histoire.