La chapka, le couvre-chef qui ne craint pas l'hiver
Il y a ce moment, sur un quai de gare en janvier, où le vent vous mord les oreilles et où plus rien d'autre ne compte. La chapka a été pensée pour ce moment-là, et elle n'a jamais rien fait d'autre que d'y répondre. Voici comment la choisir, la porter et la garder longtemps.
- Origine : Russie et grandes plaines du Nord
- Matières : mouton retourné, lapin, fourrure synthétique, cuir, laine
- Saison : plein hiver, grand froid, montagne
- Pour qui : hommes et femmes, frileux assumés
- Style : chaleureux, graphique, un brin aventurier
Son histoire : un chapeau né du froid
Le mot vient du monde slave : en russe, « chapka » désigne simplement un bonnet ou un chapeau, sans plus de façons. Le modèle à rabats que nous connaissons porte là-bas un nom bien plus parlant, « ouchanka », formé sur le mot qui veut dire « oreilles ».
Ses ancêtres sont plus anciens et plus lointains. Les peuples des steppes et du Grand Nord portaient depuis longtemps des coiffes de fourrure qui protégeaient la nuque et les joues, et personne ne peut dater précisément la première chapka. Mieux vaut se méfier de ceux qui vous donnent une année et un inventeur.
Ce qui est sûr, c'est le tournant militaire : l'ouchanka a été portée par l'Armée rouge, et le couvre-chef paysan est devenu un symbole mondial de l'hiver russe. Depuis, il a quitté les casernes pour les trottoirs de toutes les villes froides.
Une chapka cherche avant tout à vous sauver les oreilles.
Comment la porter sans ressembler à un figurant
La crainte la plus répandue tient en une phrase : « Je vais avoir l'air déguisé. » Rassurez-vous. Tout se joue dans ce que vous portez autour, et dans la position des rabats.
En ville, au quotidien
Rabats relevés et noués sur le dessus, la chapka se tient comme une toque nette. Associez-la à un manteau droit en laine ou à une parka sobre, et laissez-la être la seule pièce forte de la tenue. Une teinte discrète, noir, gris ou brun, passe partout.
À la montagne et au grand air
C'est là qu'elle joue à domicile. Rabats baissés et attachés sous le menton, elle couvre le front, les oreilles et une partie des joues, ce qu'un bonnet ne sait pas faire. Pour la marche en raquettes comme pour une longue attente au pied des pistes, elle vaut bien des couches de vêtements.
Avec une tenue habillée
Sur un long manteau ajusté, une chapka en fourrure claire ou en cuir fin prend une vraie allure, très cinéma d'hiver. Mesdames, elle se porte très bien avec les cheveux lâchés, qui adoucissent sa ligne. Messieurs, un col roulé et une écharpe unie suffisent.
Rabats mi-hauts : le geste à connaître
Beaucoup de modèles permettent de relever la visière et de laisser les côtés libres, ou de nouer les rabats derrière la nuque. Cette position intermédiaire est idéale quand le froid est vif sans être mordant. Essayez-la devant le miroir avant de décider que la chapka n'est pas pour vous.
Selon la forme de votre visage
La chapka encadre le visage de très près, bien plus qu'un chapeau à bords. Elle souligne donc vos traits, et c'est plutôt une bonne nouvelle si l'on sait quoi regarder.
- Visage rond : cherchez de la hauteur sur le dessus et gardez les rabats relevés, pour étirer la silhouette plutôt que d'élargir les joues.
- Visage allongé : une fourrure généreuse sur les côtés et une visière portée assez bas rééquilibrent les proportions.
- Visage carré : préférez un poil souple et une forme arrondie, qui adoucissent la mâchoire.
- Visage ovale : vous avez de la chance, presque tout vous va. Amusez-vous avec les matières.
- Visage fin ou menu : méfiez-vous des très gros volumes, qui mangent les traits, et préférez un poil ras ou un cuir doublé.
Le bon volume, c'est celui qui laisse encore voir votre sourire.
Les matières, et comment choisir la vôtre
Une chapka vaut d'abord par ce qui touche votre tête. Glissez la main à l'intérieur, sentez la doublure, regardez les coutures des rabats. Une belle matière extérieure sur une doublure rêche ne restera pas longtemps sur votre crâne.
Le mouton retourné est le grand classique : la peau côté extérieur, la laine côté intérieur. Il isole très bien, respire et vieillit avec caractère, mais il demande un peu d'attention face à la pluie.
La fourrure de lapin séduit par sa douceur et sa légèreté. Elle offre une vraie chaleur et un toucher incomparable, en contrepartie d'une certaine fragilité : elle n'aime ni les frottements répétés ni l'averse.
La fourrure synthétique a fait d'immenses progrès. C'est la réponse logique si vous ne souhaitez pas porter de matière animale, et elle se montre souvent la plus tranquille à vivre au quotidien.
Le cuir doublé et la laine donnent des modèles plus sobres, plus citadins. Avec eux, la chapka perd son allure de steppe et gagne en discrétion, ce qui rassure ceux qui n'osent pas encore la fourrure.
Pour trancher, posez-vous une seule question : où sera-t-elle portée, et par quel temps ? Froid sec et marche longue appellent la peau lainée, ville humide et trajets courts le synthétique ou le cuir. Si vous hésitez sur la matière, regardez aussi comment prendre soin de sa chapka au fil des saisons, car l'entretien pèse souvent dans le choix.
Taille et entretien : les gestes qui comptent
Mesurez votre tour de tête au mètre ruban souple, à l'horizontale, juste au-dessus des oreilles et au milieu du front. Reportez ce nombre de centimètres sur le tableau des tailles du modèle choisi, car les correspondances varient d'une marque à l'autre. Entre deux tailles, mieux vaut généralement prendre la plus grande.
Une chapka doit tenir sans serrer. Trop juste, elle laisse une marque au front et comprime la doublure, qui isole alors moins bien. Trop grande, elle glisse sur les yeux à chaque pas, et le vent passe par-dessous.
Côté soin, trois règles suffisent pour l'essentiel. Faites-la sécher à l'air libre, loin de tout radiateur, puis brossez-la doucement dans le sens du poil. Rangez-la au printemps dans une housse en coton, jamais en plastique, à l'abri de la lumière et des mites.
Bien soignée, une chapka vous accompagne pendant de très nombreux hivers.
Ils l'ont rendu célèbre
- Les soldats de l'Armée rouge : ils ont fait de l'ouchanka une image mondiale, au point que le modèle reste associé à l'hiver russe et à la guerre froide.
- Docteur Jivago, de David Lean (1965) : ses paysages de neige et ses fourrures ont installé dans l'imaginaire occidental une Russie romanesque, et les coiffes de fourrure avec elle.
- Fargo, des frères Coen (1996) : ce film, tourné dans la neige du Minnesota, a imposé des silhouettes emmitouflées dans des couvre-chefs d'hiver devenus indissociables de son atmosphère.
- Les trappeurs et les aviateurs d'Amérique du Nord : leurs coiffes doublées à rabats, cousines de la chapka, ont ancré ce style dans le vestiaire de l'aventure, loin de la Russie.
La chapka en un mot
Chaleur, de la steppe au trottoir parisien. Choisissez-la à votre tête, soignez-la un peu, et l'hiver prochain, le vent ne vous fera plus peur.